17 mars 2026

Quideos passe à l’action et signe ses premiers contrats dans les filières agricoles !

Entretien avec Mikaël Delmas

 

La guerre au Moyen-Orient fait flamber les prix des engrais azotés sur les marchés mondiaux. Dans ce contexte, quelle solution peut être proposée par Quideos à un maraîcher ou à une coopérative pour faire face à une volatilité importante des prix ?

Nous sommes en mesure de proposer un produit de couverture non spéculatif, que l’on nomme « call spread », qui permettra de garantir un prix d’achat sur un intervalle protégé, décidé à l’avance et basé sur un indice reflétant la tendance des cours de la solution azotée. Aujourd’hui, le prix de la tonne d’engrais azoté s’établit à environ 640 euros la tonne. Si le maraîcher souhaite sécuriser le coût d’achat de cet engrais, entre 650 et 700 euros la tonne par exemple, sur les mois de juin, juillet et août 2026, il versera alors une prime de couverture correspondant au contrat qui rémunère le risque que nous prenons. Et pourra encaisser automatiquement une indemnité si le cours de l’engrais est compris dans cet intervalle ou lui est supérieur. Le mécanisme est assez simple. Si en juin, le prix s’affiche à 680 euros, Quideos remboursera l’écart entre le prix de marché et la fourchette basse de l’intervalle, soit 30 euros la tonne. Si les prix s’envolent au-dessus de la bande des 700 euros, l’indemnité couvrira la largeur de l’intervalle, soit 50 euros la tonne. Un prix en dessous de l’intervalle signifie que l’agriculteur a payé son engrais moins cher, il y gagne, il n’y a donc pas de remboursement.

 

Quelles sont les données sur lesquelles vous vous appuyez pour établir vos solutions de couverture des prix agricoles ?

Nous utilisons de nombreuses sources, certaines publiques comme FranceAgriMer, la Commission européenne ou le Marché du porc français, d’autres privées comme Argus Media, Réussir, La Dépêche du petit meunier, etc. Ces différentes sources donnent des prix de marchés nationaux ou internationaux, sans forcément coller exactement à la réalité locale et opérationnelle de nos clients en régions. Mais elles en sont suffisantes proches pour refléter les évolutions des prix auxquels sont confrontés nos clients, et pour structurer des produits de couverture leur permettant de s’en protéger.

Ces données nous permettent de couvrir aujourd’hui près de 600 produits agricoles, dont une centaine sur lesquels la demande est très forte en raison des incertitudes géopolitiques, climatiques et sanitaires. Ce sont les productions de fruits et légumes, tomates, abricots, fraises, poireaux, choux fleurs notamment, les élevages de porcs, de volailles, les produits tels que les œufs, le beurre, le lait… les besoins concernent de nombreuses filières !

Pour le calcul des primes, nos équipes de recherche et développement appliquent les méthodes de simulation de Monte-Carlo, tout en les ayant fortement revisitées afin d’adapter les différents modèles de probabilités d’évolution des prix à des séries de données discontinues. (telle que par exemple le prix de la fraise, des groseilles… et des fruits rouges en général). Ce sont des processus itératifs, que l’on teste sur le terrain avec les acteurs du monde agricole. En bout de course, on pourra dire qu’il y a telle probabilité pour que le prix se comporte de telle façon sur un intervalle de temps donné. A partir de là, nous pouvons calculer la prime de couverture qui est ensuite payée par le client.

 

Comment expliquez-vous que vous soyez quasiment les premiers sur le marché français à proposer de telles solutions de couverture ?

Il y a plusieurs raisons. La première, c’est que le besoin pour ces couvertures de produits non listés, c’est-à-dire absents du Matif, n’était pas forcément pertinent il y a plus de six ans car la volatilité était moins forte. Autrefois, un acheteur d’un grand groupe de restauration collective était prêt à supporter une hausse de 4% sur les pommes car il savait qu’en parallèle il pouvait compter sur une baisse de 3% sur les poires. C’est schématique, mais cela signifie que les hausses étaient plutôt modérées et que l’ensemble s’équilibrait. Aujourd’hui, ce même acheteur fait face à des envolées de prix de 20-25%. Et il ne sait plus les amortir. Il y a donc un besoin nouveau de solutions pour absorber cette extrême volatilité des prix.

Une autre raison est liée à la capacité à « pricer » des options sur des sources quelque peu inédites, comme celles de FranceAgriMer. Cela nécessite de manipuler des mathématiques différentes de celles utilisées pour des solutions bien connues de marché, que l’on retrouve sur le Matif par exemple. Ce que vous savons faire.

Le troisième point, à mon sens central, est qu’aujourd’hui il n’y a pas d’acteur qui soit capable de supporter du risque prix sur des produits agricoles. Ce qui fait de nous une entreprise véritablement innovante. Un assureur proposant une couverture récolte porte un risque de production, pas de prix. Les financiers qui interviennent sur le Matif ne supportent pas non plus de risque de prix car ils couvrent systématiquement leur position sur le marché des futures, et ne portent donc que peu de risque résiduel en portefeuille.

Quideos est à la frontière de ces deux mondes : le monde assurantiel et le monde financier. Nous vendons des produits financiers, de couverture, tout en endossant un modèle d’assureur avec la nécessité de diversifier notre portefeuille pour être rentable.

 

Quels sont vos objectifs à moyen terme ?

Nous avons obtenu les dernières autorisations des régulateurs financiers en décembre dernier et sommes désormais actifs sur le marché en qualité d’Entreprise d’Investissement de classe 2.  En parallèle, fin 2025, nous avons bouclé notre seconde levée de fonds, menée par les capitaux risqueurs Demea Invest et Breega, pour un montant de 5,2 millions d’euros, avec la participation du Groupe Crédit Agricole, ainsi que d’investisseurs historiques comme la société de gestion Clint Capital. Leur entrée au capital de Quideos est un signal très positif.

Depuis janvier, nous avons signé des contrats avec des acteurs variés, agriculteurs, coopératives, industriels de l’agroalimentaire, issus de différentes filières, dont celle des engrais. Et nous sommes en train de convertir en clients les nombreux contacts commerciaux établis ces 18 derniers mois, sur de nouveaux produits, notamment les abricots, les tomates, la viande porcine. Ces premiers contrats revêtent une importance capitale pour Quideos car ils montrent que le besoin que l’on avait identifié est une réalité et qu’il est possible de protéger le prix de produits agricoles qui ont toujours été exclus des systèmes de couverture traditionnels. C’est une grande avancée, et nous comptons signer dans les prochaines semaines plusieurs contrats par filière. D’ici à 2029, notre ambition est de couvrir l’équivalent d’un milliard d’euros de produits agricoles.